À première vue, Ainhoa semble presque immuable : une longue rue bordée de maisons labourdines blanches aux colombages rouges ou verts, une église, un fronton et les montagnes tout autour. Pourtant, derrière cette apparente tranquillité se cache une histoire beaucoup plus mouvementée. L’histoire d’Ainhoa est celle d’un village façonné par sa situation entre le Labourd et la Navarre, par le passage des pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle, par les conflits frontaliers et par des siècles de vie rurale dans les montagnes basques. Comprendre Ainhoa, c’est donc regarder un peu au-delà de sa jolie rue principale. Un village né sur le chemin de Saint-Jacques Avant la création du bourg, ce territoire de pâturages et de bois était notamment parcouru par des bergers transhumants. Au Moyen Âge, les moines prémontrés d’Urdax participent à la création d’un vicariat sur la route de Compostelle. Avec Juan Perez de Baztan, seigneur navarrais propriétaire des terres, ils donnent progressivement naissance au bourg d’Ainhoa. Le village est conçu comme un lieu d’étape, de ravitaillement et d’hébergement pour les pèlerins allant vers Saint-Jacques-de-Compostelle. Cette histoire reste très présente aujourd’hui : Ainhoa se trouve sur la voie du Baztan, un itinéraire du Camino reliant Bayonne à Pampelune en traversant les Pyrénées. Ainsi, bien avant de devenir l’un des Plus Beaux Villages de France, Ainhoa était déjà un lieu de passage. Une bastide-rue qui explique le visage d’Ainhoa La forme du village est l’une de ses caractéristiques les plus remarquables. Ainhoa est une bastide-rue : au lieu d’un réseau compliqué de petites rues, le village s’organise autour d’un axe principal très large, avec les maisons alignées de chaque côté. C’est cette organisation médiévale que l’on voit encore aujourd’hui en descendant la rue principale. Les maisons qui la bordent sont principalement des demeures labourdines des XVIIe et XVIIIe siècles. Leurs grandes façades blanches, leurs colombages colorés et leurs linteaux sculptés donnent aujourd’hui à Ainhoa son unité architecturale. Il y a même une particularité amusante à observer en se promenant : les maisons basques étaient traditionnellement orientées vers l’est afin de se protéger du mauvais temps venant de l’Atlantique. Mais à Ainhoa, l’alignement imposé par la rue signifie que toutes ne peuvent évidemment pas regarder dans la même direction. Les deux côtés de la rue ne présentent donc pas tout à fait les mêmes façades. Entre le Labourd, la Navarre et l’Espagne Pour comprendre l’histoire d’Ainhoa, il faut aussi regarder une carte. Le village se situe à la limite du Labourd et de la Navarre, à quelques kilomètres seulement de l’actuelle frontière espagnole. Au XIIIe et au XIVe siècle, la région est disputée entre l’Angleterre et la Navarre. Ainhoa se trouve pendant un temps partagé entre différentes souverainetés avant de passer sous l’autorité du royaume de France au XVe siècle. Cette situation frontalière ne disparaît jamais complètement de l’identité locale. Aujourd’hui encore, Ainhoa, Sare, Urdax et Zugarramurdi forment le territoire transfrontalier de Xareta. Les frontières administratives existent, bien sûr, mais le paysage, les chemins, la langue et une partie de l’histoire commune relient les deux côtés des Pyrénées. Un village détruit puis reconstruit Les belles maisons que l’on admire aujourd’hui peuvent donner l’impression que le village a traversé les siècles sans changement. Ce n’est pas le cas. Ainhoa fut gravement touché pendant la guerre de Trente Ans, au XVIIe siècle. La commune indique que la maison Matxitorenea, antérieure au XVIIe siècle, serait la seule maison du bourg ayant échappé à la destruction. Une grande partie du village fut donc reconstruite, ce qui explique aussi pourquoi tant de maisons de la rue principale datent des XVIIe et XVIIIe siècles. L’harmonie actuelle du village est en partie celle d’un lieu qui a dû se reconstruire. L’église et le cimetière : au cœur de la vie du village À l’extrémité de la rue principale se trouve l’église Notre-Dame-de-l’Assomption. L’édifice aurait été construit sur une ancienne maison forte et serait devenu une église au XIIIe siècle. À l’intérieur, on retrouve les grandes caractéristiques des églises traditionnelles du Labourd : une nef unique et plusieurs niveaux de galeries en bois. L’église est inscrite au titre des Monuments historiques depuis 1996. Autour de l’église, le cimetière mérite lui aussi que l’on s’y attarde. On peut y observer des stèles discoïdales basques, ou hilarri, reconnaissables à leur forme circulaire et à leurs motifs géométriques et symboliques. Elles constituent l’un des éléments les plus caractéristiques de l’art funéraire traditionnel du Pays basque. La chapelle de l’Aubépine au-dessus du village Au-dessus d’Ainhoa, sur les pentes de l’Atsulai, se trouve la chapelle Notre-Dame-de-l’Aubépine. La tradition raconte qu’elle fut construite à la suite d’une apparition de la Vierge à un jeune berger. À côté de la chapelle, un calvaire et des reproductions de stèles basques dominent le paysage. La montée depuis Ainhoa est aujourd’hui l’une des promenades les plus appréciées autour du village. À environ 389 mètres d’altitude, le site offre un très beau panorama sur le cirque de Xareta, la vallée de la Nivelle et, par temps clair, jusqu’à la côte atlantique. → Découvrir la montée à la chapelle de l’Aubépine Un passé minier moins connu On associe plus facilement Ainhoa aux maisons basques et aux pâturages qu’à l’industrie. Pourtant, le territoire possède également un ancien passé minier et métallurgique. Les moines prémontrés étaient liés à l’exploitation de ressources locales et la zone comprise entre Ainhoa et Urdax comptait autrefois des mines et des forges. Certains noms de lieux conservent encore la trace de cette activité. C’est un aspect beaucoup moins connu de l’histoire locale, mais il rappelle que la montagne basque n’était pas seulement un paysage agricole : elle fournissait également des matériaux et du travail. Dantxaria, la frontière à quelques minutes du village Au sud du bourg se trouve Dantxaria, face au quartier espagnol de Dantxarinea et au village navarrais d’Urdax. Les deux côtés sont séparés par le petit ruisseau Lapitxuri. Aujourd’hui, on traverse la frontière presque sans s’en rendre compte, mais cette proximité avec la Navarre a influencé Ainhoa pendant des siècles. Elle explique aussi pourquoi un séjour à Ainhoa permet de passer si facilement d’un côté à l’autre de la frontière, de découvrir Urdax ou Zugarramurdi et de suivre les anciens chemins reliant la France à la Navarre. Ainhoa aujourd’hui : un village où l’histoire reste visible Ainhoa fait aujourd’hui partie des Plus Beaux Villages de France, et son architecture particulièrement préservée attire naturellement les visiteurs. Mais le plus intéressant est peut-être de comprendre que ce décor n’est pas simplement esthétique. La rue unique vient de l’organisation médiévale du village. Le Camino rappelle sa vocation de lieu de passage. Les maisons racontent la destruction et la reconstruction. L’église et les stèles témoignent de plusieurs siècles de vie religieuse. Et, derrière les collines, la frontière avec la Navarre reste toute proche. C’est ce mélange de montagne, de frontière, de chemins anciens et d’histoire locale qui donne à Ainhoa son caractère particulier. Pour continuer la découverte : → Que faire à Ainhoa et aux alentours ? → Randonnées autour d’Ainhoa, GR10 et chemin de Saint-Jacques → Les plus belles plages près d’Ainhoa